?

J’ai beaucoup écrit sur nous, beaucoup pensé à toi, tourné en rond sur moi des pensées folles à délier des idées qui me menaient par un bout d’un sens giratoire insensiblement traversé. J’ai tourné autour de notre pot de chambre espérant y percer le mystère de notre désir. Tremblant, souvent absent, fatigué du quotidien, je devais nous réinventer sans cesse. J’en ai parlé à mon psy et au chien de ma voisine qui pissait sur mes fleurs. J’ai taillé des bavettes à mon tendre boucher. J’ai cherché quantité de réponses à une question que je n’arrivais pas à formuler.

Le moustachu

Il s’arrête au feu rouge.
S’appuyant sur le volant il soulève son corps et tend le menton vers le rétroviseur.
Une moustache lui barre le haut de la lèvre supérieure qu’il a fine.
Dans un rictus, il se découvre les incisives supérieures et se lèche les dents.
Il entrouvre ses narines et tire quelques poils.

L’homme s’observe précieusement.

A chaque

A chaque brin de lune
lorsque l’homme passe sous la branche coupée.
A chaque fois que le pas se pose
sur les petits cailloux qui roulent.
Chaque café que nous buvons chaque matin l’un près de l’autre.
A chaque fois que nous faisons l’amour
comme si c’était la dernière fois.
Chaque baiser que nous nous donnons
sans cesse, la peau nouée au coeur de l’autre.
A chaque brin d’herbe
lorsque la femme trébuche sur le sentier abrupt.
Les ravins descendent profondément vers la vallée verte.
Chaque pierre née de forces contraires,
écartée, écartelée par les érosions millénaires.
Et tout est là.
Qui se dresse autour de chacun d’entre nous,
qui nous lie
pour mieux nous défaire.

Ailefroide,
CMacé Juillet 2011

Je me réveille

Une jeune femme cherche ses musiciens.
La ville lui est inconnue.
Les rues sinueuses la perdent.
Elle croise une femme à l’allure avenante qui lui demande d’entrer chez elle.
La jeune femme est devenue une toute jeune fille. Elle s’apprête à passer la porte de la femme qui, elle, est devenue plus âgée.
Alors qu’elle pénètre dans la maison, des chats venus de nulle part se jettent sur son tablier et la font tourner, telle une derviche tourneur, à folle allure. Les félins lui agrippent son corsage férocement.
La maîtresse des lieux se saisit d’un petit bâton en bois.
D’un geste calme du bâton, elle fait disparaître les chats ainsi que les boites laquées rouges qui obstruaient l’entrée de la maison.
La ronde s’arrête brusquement.
La femme âgée dit à la jeune fille “Retourne chez toi. Les chats t’y attendent. Ils sont calmes, apaisés. Toutes les boites sont aussi chez toi. A chaque chanson que tu chanteras, tu ouvriras une boite et tu laisseras sortir le message”.
Je me réveille.

Cmacé Juillet 2011

Font deux pommes dans mon panier

Les pas qui nous sèment sont ceux là mêmes qui nous mènent.
Un pas en devant.
L’autre suit le rythme.
La cadence dicte sa musique militaire
et le pas s’accélère.
Un pas en arrière et je tomberais sur la roche effilée et rugueuse.
Un pas de côté et ce sont nos corps qui basculent dans le vide.
Un pas en avant qui fait bouger le temps.
Le sentier défile de chaque côté.
Parfois, la pluie tombe drue et presque sèche.
Elle n’arrive pas à nous tremper.
Les cailloux s’enroulent.
Ils roulent sous nos semelles dures.
Nous ne sentons plus les cailloux sous nos pieds.
Les pas nous entraînent hors de l’espace temps,
vers une infinité de secondes en mouvements.
Le corps, secoué de bas en haut, se laisse happer par cette marche initiatique.
Le corps marche des pieds.
Il frissonne avec la terre qu’il foule.
Rouli Roula font nos pas et la terre tournera.

Cmacé Ailefroide Juillet 2011

En pliste

Enfouisseurs éraflures.
Engelures escarpins.
Entorses échardes.
Entremets escogriffes.
Enfilades ergonomie.
Entourloupes ethnographe.
Ensilage estomac.
Entrepreneurs escadron.
Encéphalogramme effroi.
Encore étripé.
Entournure estropié.
En chemin et ourdi.

Ailefroide
CMacé Juillet 2011

Un si petit plateau

Un si petit plateau posé sur vos lèvres rouges sang.
Le bout de la langue niché entre les dents, vous esquissez un sourire.

Un si petit plateau posé sur tes cuisses potelées, grassouillettes et tremblantes,
tu suçotes le bout de tes doigts encore brillants de mille jus fumant.

Et les rires fusent aux alentours de la bonne table.
Les voix éclatent, chaudes de bons vins et de plats goûteux.

Ton corps chancelle, assis, ivre d’arômes et de sauces.

Un si petit plateau pour un festin comme acte d’amour.
Le haut de tes cuisses se frottent sous ta jupe qui colle à ta peau moite.
Les sexes rétrécis disparaissent, faisant place nette aux bouches dévorantes.

Vous vous noyez sous la table, le tablier encore au cou, gavant l’envie.
Les joues se tendent dans un dernier effort pour mastiquer encore.

Tout s’affaisse dans une digestion totale tandis que les regards s’éteignent.

Un si petit plateau pour une si grande faim.

Juillet 2011 Privas

L’impossible

La femme s’enveloppe les épaules d’un vieux châle gris.
Dehors, la pluie battante heurte les volets de bois qui craquent sous les rafales.
La femme sent son coeur se briser à chaque coup de vent.
La pluie ne cesse de tomber sur la campagne froide et nue.
Elle tremble et tente de s’imaginer ailleurs,
dans un au-delà d’ivresse et de bonheur.
La femme se sent seule, vieille.
Son coeur s’est presque arrêté de battre,
elle tend l’oreille pour entendre le pouls qui faiblement la maintient encore en vie.
La femme seule, dans la campagne nue, tente l’impossible.

Cmacé
Juin 2011

La montre

La montre de l’homme tique son taque

L’homme qui allonge près de la femme sa lassitude et son trouble
ne quitte plus sa montre.
Elle l’habille pour la nuit, le pare de sa clarté phosphorescente.

L’homme possède une montre tout de métal froid.
Une montre telle que la femme imaginait sur le poignet d’un autre.
Un objet qu’il a laissé un jour chez elle pour revenir ensuite la chercher
et ne plus la quitter depuis .

L’homme se défait de sa montre avant l’amour.
Il l’ote délicatement et puis se penche sur ses seins, à elle.

Lorsqu’il défait sa montre, en équilibre précaire sur un coude, la femme le regarde et sourit. Attentif, il prend tout son temps, le temps de la montre à défaire.

La femme regarde la montre qui s’ote du poignet. Elle attend son heure.

Certains soirs, l’homme nequitte pas sa montre et ne montre aucun empressement à le faire.
Ce n’est pas leur moment.

La montre de l’homme
joue la petite musique de taquetaque tique.

Le temps passe.
Les amants se lasseront peut être.
La montre ne se lassera jamais de l’homme.

Mai 2011