A la radio nationale on parle toute la journée
de pauvres gueux, de miséreux,
de gens à part, des jeunes, des vieux.
On les présente comme des victimes,
des assassins, de la vermine.
Et puis on dit qu’en fait c’est faux
ils sont comme nous, de vrais bobos.
Dans ma tour, au 4ème,
il y a Simone qui vote le Pen.
Elle est hargneuse comme un terrier
c’est une tueuse de série B.
Les bobos, brillants penseurs
et beaux parleurs.
Ils me font chier
à la radio, à la télé
dans le métro, chez mon kiné.
Je ne peux plus les écouter.
Il y a la vieille du dernier étage
qui n’arrête pas d’faire le ménage.
Elle vit avec son petit fils
qui s’penche chaque jour un peu plus
au bord du précipice.
Il y a le monsieur que je croise,
qui baisse les yeux ou bien me toise.
Il ne parle plus depuis qu’on l’a viré
de son usine à rêves motorisés.
Il marche comme s’il avait honte
de ne plus se lever à 5h le matin.
C’est un homme fracassé
d’avoir vendu sa vie pour une peau de chagrin.
Et puis tout cela est complexe.
Je suis dépassée, submergée par tous les misérables
si près de nous, si trop semblables.
Ce serait facile de pointer.
La faute à quelqu’un, faire porter.
Le poids de la culpabilité.
La dé raison du faible devant l’adversité.
Ce serait simple d’évanouir
les miséreux, les gueux, ceux qui pètent sans rougir.
Eteindre cette radio à coupable
qui nourrit mon cerveau de sentiments louables.
Fermer les volets sur ma tour
qui,, pourtant, debout,
continue à pousser le ciel vers le haut.